Neurosciences

Avec le développement des techniques d’exploration mais aussi de modification du fonctionnement cérébral, les neurosciences ont connu des avancées majeures qui ne sont pas encore toujours lisibles par le citoyen. Elles vont faire émerger un grand nombre de questions éthiques sujettes aujourd’hui au débat. 

 

Définitions

 

Les neurosciences se définissent par l’étude du fonctionnement du système nerveux depuis les aspects les plus élémentaires (moléculaires, cellulaires, synaptiques) jusqu’à ceux, plus fonctionnels, qui portent sur les comportements ou les processus mentaux. Elles constituent donc une vaste famille de disciplines de recherche, rassemblant des spécialités cliniques (neurologie, psychiatrie, psychologie, neurochirurgie etc.) et fondamentales.

Les progrès des neurosciences ont été en grande partie tributaires de ceux des techniques d’exploration du cerveau. Le développement de la neuro-imagerie a révolutionné la pratique clinique et permis une acquisition exponentielle de connaissances sur le cerveau. Les nouvelles techniques d’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) en particulier permettent l’étude du cerveau, non seulement au plan morphologique et biochimique mais aussi au plan fonctionnel, en visualisant l’activation du cerveau lors de tâches diverses (motrices, sensorielles, cognitives etc.) ou même d’états psychologiques (peur, angoisse, plaisir, satisfaction etc.). 

A côté des méthodes d’exploration du cerveau, se sont développées des techniques de modification du fonctionnement cérébral. Certaines sont anciennes comme les médicaments (psychostimulants, anxiolytiques etc.), d’autres plus récentes comme les stimulations électriques et magnétiques transcrâniennes, la stimulation cérébrale profonde ou encore les thérapies cellulaires pour lutter par exemple contre des maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson. Quant à l’optogénétique qui voudrait, par exemple, visualiser les neurones un à un mais aussi les activer ou désactiver de façon sélective, elle reste actuellement du domaine de la recherche fondamentale.

 

État des lieux des techniques d'étude du fonctionnement du système nerveux

Le domaine des neurosciences est en passe de connaître un bouleversement majeur du fait du développement de l’intelligence artificielle, des nouvelles interfaces cerveau-machine, des réseaux neuronaux etc. D’énormes programmes de recherche ont pour but de « décoder » le cerveau, comme les généticiens ont « décodé » le génome, et donc de modifier son fonctionnement, voire de manipuler le cerveau. Réalité future ou fantasme, certains chercheurs pensent, par exemple, qu’il sera possible de « télécharger » le cerveau ou de créer un « Cerveau Augmenté » !

Un exemple : le cas des interfaces cerveau-machine

Une interface cerveau-machine (ICM) est un dispositif permettant d’établir une communication directe entre le cerveau d’un individu et un ordinateur ou une machine selon deux schémas : 

1. Soit  l’ICM émet un signal vers le cerveau : la machine capte des stimulations issues de son environnement et les transmet au cerveau. Ces ICM, dites « réactives », regroupent notamment toutes les prothèses auditives et visuelles qui permettent à des personnes dont l’ouïe ou la vue sont déficientes de recouvrer en partie l’usage de leurs sens. 

2. Soit l’ICM capte le signal du cerveau : le cerveau émet des signaux électriques qui correspondent à des « états mentaux » que la machine reconnaît, ce qui entraîne l’exécution d’une tâche par celle-ci. Ces ICM « actives » comptent par exemple l’ensemble des prothèses robotisées (bras, jambes...) contrôlées directement par l’esprit de l’individu. Ces dernières, encore au stade de la recherche, offrent un espoir réel pour les personnes souffrant de handicap moteur sévère et irréversible.

Source : Agence de la biomédecine - Rapport d’information au Parlement et au Gouvernement – décembre 2017

 

Etat des lieux


La société dans son ensemble est de plus en plus confrontée aux problèmes éthiques posés par le développement des neurosciences. Ce champ de la « neuro-éthique » est très vaste. Il englobe le champ clinique, c’est-à-dire les enjeux éthiques spécifiques soulevés par les affections neurologiques et psychiatriques et par l’application des techniques d’exploration du cerveau dans le domaine médical. La question se pose par exemple de la prédiction de ces affections (Maladie d’Alzheimer par exemple) des années, voire des décennies avant l’apparition possible des premiers signes cliniques.  

La neuro-éthique concerne aussi la recherche en neurosciences dans toutes ses modalités, notamment la recherche cognitive pour laquelle la  question de la protection et l’anonymisation des données obtenues se pose de manière particulièrement aigüe. D’autres questions concernent les enjeux de la fabrication des neurones (déjà possible à partir de cellules souches ou cutanées), de la modélisation voire de la fabrication d’un cerveau et de la très médiatisée « greffe de tête », (qui est en fait la greffe d’un corps sur une tête)…

 Les autres domaines d’application des techniques d’exploration ou de modification du cerveau sont nombreux. Quelques exemples d’applications possibles : 

Dans le domaine de la justice, certains s'interrogent pour utiliser les outils d’imagerie cérébrale pour évaluer le comportement d’un suspect ou encore pour modifier le cerveau des délinquants. 

Dans le cas du marketing, l’utilisation des données d’imagerie pourraient être un moyen d’influencer le consommateur. 

Dans le champ de l’éducation, enfin, les neurosciences, par la connaissance qu’elles fournissent du cerveau et de son fonctionnement pourraient favoriser l’apprentissage des individus.

Dans tous les exemples exposés ci-dessous, la question de ce qu’il est possible et souhaitable de faire se doit donc d’être posée. 

Dans cette perspective, un certain nombre d’enjeux éthiques peuvent être soulevés :

L’identité même de la personne et sa personnalité pourraient être altérées s’il devenait possible de modifier le fonctionnement cérébral c’est à dire, d’agir sur les fonctions cognitives ou  les émotions. L’autonomie de la personne serait alors menacée soit parce que la personne se modifierait elle-même pour se conformer, par exemple, à un schéma sociétal, soit parce qu’elle serait l’objet, bien que non consentante, d’une coercition de la part de tel ou tel corps social.

La justice sociale risquerait d’être mise à mal si les techniques de modification cérébrale étaient uniquement réservées à quelques uns, réalisant une classe privilégiée qui pourrait aisément dominer voire exploiter ceux qui n’auraient pas accès à ces techniques.

L’intimité de la personne et les données de sa vie privée, déjà fortement réduites par le développement des objets connectés, pourraient disparaître, notamment avec les techniques d’exploration du cerveau, au profit d’une « transparence » totale, dont le risque est grand qu’elle ne bénéficie qu’à certains et pas à tous. 

Une des finalités du recours aux techniques de modification cérébrale – et pour certains la finalité principale – est d’ « améliorer » le fonctionnement cérébral de la personne non malade (neuro-amélioration), voire de modifier le cerveau à un point tel qu’un homme nouveau serait créé. De telles finalités s’inscrivent respectivement dans les courants transhumaniste et posthumaniste. Là encore, la question des limites à poser à l’utilisation de ces techniques mérite d’être soulevée.

 

Exemples de questions à débattre

                                           

- Jusqu’où faut-il encadrer les finalités de la recherche en neurosciences ? 

- Comment préserver l’anonymisation des données individuelles biologiques (génome, anatomie cérébrale) et numériques (ex : identification de données informatiques personnelles) ?

- Peut-on faire appel aux techniques d’imagerie cérébrale anatomique et fonctionnelle pour déterminer le degré de responsabilité en situation pénale ; la capacité à répondre à une situation de stress ?

- Faut-il légiférer au sujet des techniques de stimulation cérébrale à usage non médical ? 

- Comment évaluer voire encadrer l’impact des outils numériques sur le développement cognitif de l’enfant et sa santé mentale ?

 

Pour aller plus loin
Quelques exemples de documents à consulter

Cette documentation sera complétée et mise à jour tout au long des Etats généraux de la bioéthique​
 

Nom du document Auteur Date de Publication Nature Accès
Rapport d'information fait au nom de la mission d'information sur la révision des lois de bioéthique Mission d'information sur la révision des lois de bioéthique 2010 Rapport d'information - tome 1 Accès libre
Rapport d'information fait au nom de la mission d'information sur la révision des lois de bioéthique Mission d'information sur la révision des lois de bioéthique 2010 Rapport d'information - tome 2  Accès libre
Recours aux techniques biomédicales en vue de "neuro-amélioration" chez la personne non malade : enjeux éthiques Comité consultatif national d'éthique 2013 Avis Accès libre
Enjeux éthiques de la neuroimagerie fonctionnelle Comité consultatif national d'éthique 2012 Avis Accès libre
Nouvelles approches de la prévention en santé publique - L’apport des sciences comportementales, cognitives et des neurosciences Centre d'analyse stratégique 2010 Rapport Accès libre
Actes du séminaire "Neurosciences et Prévention en Santé Publique" Centre d'analyse stratégique 2009 Séminaire Accès libre
Le cerveau et la loi : éthique et pratique du neurodroit Centre d'analyse stratégique 2012 Note d'analyse Accès libre
Plan national du cerveau et des maladies du système nerveux Rédacteur : Jacques Glowinski assisté de Marie-Hélène Lévi 2007 Rapport Accès libre
Perspectives scientifiques et légales sur l’utilisation des neurosciences dans le cadre des procédures judiciaires Centre d'analyse stratégique 2009 Séminaire Accès libre
Impacts des neurosciences : quels enjeux éthiques pour quelles régulations ? Centre d'analyse stratégique 2009 Note Accès libre
Exploration du cerveau, neurosciences : avancées scientifiques, enjeux éthiques Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques 2008 Compte-rendu Accès libre
Meeting of Minds, Une délibération de citoyens européens sur les neurosciences Meetings of Minds Europe, avec le soutien de la Commission Européenne 2006 Rapport final Accès libre
L'impact et les enjeux des nouvelles technologies d'exploration et de thérapie du cerveau Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques 2012 Rapport Accès libre
 

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